PROPIAC-LES-BAINS
Quelques éléments de son histoire
GEOLOGIE ATYPIQUE
Propiac, petit village des Préalpes Provençales, se situe au fonds d'un bassin entouré de collines, à proximité du torrent d'Aigues-Marse, affluent de l'Ouvèze, venu d'Ollon, et alimenté par le ravin de Beauvoisin et celui de Propiac.
Le relief local marque le paysage par les fameux bad-lands ou marnes noires' caractéristiques des sédiments de la Fosse Vocontienne² qui s'est formée au secondaire.
Connue pour son établissement thermal (fermée depuis 1992) et pour ses eaux minérales chlorurées et chloro-sulfatées, le terroir de Propiac est également riche en cuivre et en gypse. On exploitait audébut du XIXe siècle les mines de gypse à raison de 1 millier de quintaux par an (DELACROIX). Le château dit du Salin ou hôtel des bains, XIXe siècle était réputé pour ses soins curatifs contre les rhumatismes. Le médecin Jean-François NICOLAS fut l'un des premiers, au XVIlle siècle, à signaler les bienfaits de cette eau de Propiac (André LACROIX).
1Marne : mélange d'argile et de calcaire. Elles contiennent par ailleurs des minéraux divers et parfois des grès.
²Fosse Vocontienne : la région des Baronnies était occupée à l'ère secondaire par une fosse marine très profonde appelée « Fosse Vocontienne ». Ces marnes se sont déposées d'abord au Jurassique (entre — 170 et— 150 millions d'années).
SITE DE PERPONCHER
De la Préhistoire, l'on retiendra l'importance du site de Perponcher. Au croisement des routes départementales D 147 et D 523 s'élèvent en éventail les marnes de Perponcher sur la commune de Propiac. Le passage en col à ce croisement distribue le partage des eaux vers l'Ouvèze au levant ruisseau du Rieu l'Aval et, vers l'Ayguemarse au couchant par le ruisseau dit des « Jonchiers », lui-même affluent du ruisseau de Beauvoisin au pied du ravin de ce même nom.
Le site archéologique de Perponcher se trouve donc sur la voie naturelle de ces différents cours d'eau qui relient via les cols de Vote ou de Milmandre les deux principales rivières du Sud de la Drôme : l'Ouvèze et l'Aygues. Ce passage, position géographique sans nul doute stratégique, fut de tout temps très emprunté voire même très convoité. Sur place et alentours, la répartition et le positionnement des multiples sites archéologiques de la lointaine préhistoire jusqu'aux périodes historiques : oppidum celto ligure, établissements gallo-romains, mottes féodales, châteaux, chemins de transhumance ou refuges de la Résistance confirment de l'intérêt réel de cette « passe ».
Le toponyme de Perponcher viendrait, selon les frères Catelan du Buis - pionniers de la Préhistoire locale - de « Per Pouet » qui signifierait « Pré pointu ». De nos jours, reste dans la mémoire collective le terme de « Grand Pré », à une époque déjà ancienne où, les troupeaux de chèvres et de moutons se contentaient d'une végétation rare parmi les profonds ravins décharnés et déchiquetés de la station. Plus proche de nous, les gallo-romains ont laissé les traces de quatre fours tuiliers disséminés dans les marnes de ce site ; ce qui implique des ressources abondantes en bois, terre argileuse et bien sûr en eau. Aujourd'hui, une source jaillit épisodiquement au passage de ce col (col de Beauvoisin) et, le petit hameau des Jonchiers (étymologiquement : joncs) évoque en lui-même de l'abondance de ce bien précieux que représente l'eau (Pierre ANDRÉ).
L'ANTIQUE PROPIACUM
Les preuves de l'antiquité du lieu sont nombreuses, d'abord par l'étymologie du nom de Propiac ou Propiacum qui pourrait signifier selon André Lacroix —archiviste du XIXe siècle— « domaine de Propius », mais sous toute réserve. Ensuite, par la présence d'une inscription romaine située sur l'ancien moulin à farine de la commune, et par la découverte de tombes antiques près de la chapelle Saint-Marc.
I.O.M
M. DOMITIVS
FESTVS
EX VOTO
On peut mettre en relation cette dédicace dédié à Jupiter très bon et très grand Marcus Domitius Festus, en accomplissement d'un vœu, avec le vocable de la chapelle Saint-Marc. En effet, cette dédicace païenne faite par Marcus - *Domitius Festus est intéressante dans la mesure où ce nom est celui adopté pour désigner la chapelle antique de Propiac. Il est ainsi probable que cet édifice chrétien se soit installé sur un lieu de culte païen vers le Vème siècle. Les vestiges de la chapelle Saint-Marc se situent à l'Ouest de Propiac, sur le versant Sud d'un plateau à l'abri de la montagne du Bois d'Ayes, au niveau du col allant vers Mérindol. Elle fut cédée par l'évêque de Vaison à l'abbaye de Saint-André de Villeneuve-Lès-Avignon en 1122.
Une autre chapelle est mentionnée sur le cadastre Napoléonien de 1843, sous le vocable de Saint-Laurent. Elle est peut-être à mettre en lien avec le castrum Saint-Laurent de Propiac (Xlle s.?) où aurait été découvert un four à chaux daté de l'époque antique (M. BOIS).
Les Ruines de l'ancien village sont dessinées sur le plan parcellaire de l'an XII (1803). Cependant, il pourrait d'avantage correspondre à un hameau, le village médiéval étant plus vraisemblablement celui de Saint-Laurent.
Pendant l'Ancien Régime, Propiac que l'on retrouve sous la dénomination de De Propiaco en 1182, dans le cartulaire des templiers, était une communauté dépendant du bailliage du Buis, formant une paroisse du diocèse de Vaison, dont l'église était sous le vocable de Saint-Marcel. Cette terre de la baronnie de Mévouillon (1272), fut partagée entre plusieurs seigneurs. On retiendra le lien des Mévouillon à l'évêque de Die (hommage de 1231), et l'appartenance d'une partie du fief de Propiac par l'évêque de Vaison (1269), qui cédera sa part au Dauphin en 1337. Succéderont d'autres seigneurs notamment : les Vigier (1454), les Nicat (1458), les Thollon, les Rainoard (1541), les Cheylus (1677) et enfin les Girard (fin XVIlle siècle) » (André LACROIX et J.- BRUN-DURAND).
Pour approfondir l'histoire de Propiac, il faudrait également étudier les archives des territoires voisins, ceux de Beauvoisin et de Mérindol dont les destins sont inévitablement liés.
De l'histoire religieuse, et notamment de l'église paroissiale actuelle, il existe peu d'archives la concernant. Elle pourrait avoir été construite au XVIe ou XVIle siècles. Le cadastre de Propiac dressé en 1699 (CC1) mentionne « leglise et sementiere scitues au cartier du plan », soit le quartier du village actuel. A défaut de maison commune, le conseil général de tous les habitants de Propiac aux baronnies, se réunit souvent devant l'église paroissiale à la sortie de la messe (registre des délibérations consulaires 1725-1735). Le 7 novembre 1731, il est également question d’acheter une maison curiale pour y loger le prieur et planter une vigne près de la chapelle Saint-Marc afin d'en tirer un revenu annuel qui permettra à la communauté de loger le prêtre à l'année.
L'église est aussi mentionnée dans une liste des décimes de Vaison, en 1516, sous le vocable de Saint-Marcel. Cette appellation est probablement un signe de liaison qui existait avec le diocèse de Die puisque, pour les Baronnies seule la paroisse du Pègue, appartenance Dioise, porte le même vocable. On peut penser que Saint-Marcel est l’archevêque d’Embrun du Ville siècle : MARCELLUS EBRODUNENSIS, confesseur et homme de confiance de Charlemagne (Pierre VARLET).
Mais, ce vocable pourrait plus vraisemblablement être mis en liaison avec la présence des vestiges médiévaux de la chapelle Saint-Marc, et la présence de la dédicace de Marcus Domitius Festus.
D'après les archives religieuses conservées aux archives du Buis et aux archives départementales, on sait qu’en 1657, les inhumations sont faites au cimetière de l’église « saint-mars ».
En 1858, il est question d'acheter un terrain pour l’agrandissement de la sacristie.
Enfin, il semble que son clocher-flèche pourrait dater du XVIlle ou du XIXe siècle.
